La scène médiatique marocaine connaît une dégradation inquiétante de la pratique journalistique, suscitant une vive préoccupation au sein de l’opinion publique. Les nombreux risques et dérives qui menacent l’avenir de la profession, son rôle social et ses principes éthiques ont été exacerbés par une exploitation abusive des acquis en matière de liberté de la presse. Cette situation a favorisé l’intrusion de personnes non qualifiées, dépourvues de formation et de conscience des responsabilités légales et sociales du journalisme, ce qui a gravement affecté la crédibilité et la qualité du paysage médiatique.
Profitant de cette ouverture, certains individus ont frauduleusement obtenu la carte de presse, tandis que d’autres ont manipulé les documents requis, inondant ainsi l’espace médiatique de contenus qui ne respectent ni les normes légales ni les règles déontologiques de la profession. Cette anarchie a conduit à la prolifération d’informations erronées et mensongères, ainsi qu’à la diffusion de discours incitant à la haine, au racisme et à la violence, en plus de pratiques douteuses telles que le chantage, la diffamation et l’atteinte à l’honneur des individus et des institutions.
Face à cette situation préoccupante et aux menaces croissantes qui pèsent sur le journalisme, la Fédération Marocaine des Médias (FMM) et l’Observatoire Marocain de Lutte Contre la Diffamation et le Chantage lancent un appel pressant aux autorités concernées, notamment le gouvernement, le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire, le Parquet Général et le Conseil National de la Presse actuellement représenté par la commission provisoire. L’objectif est d’engager des actions concrètes pour assainir et réguler la profession à travers les mesures suivantes :
Renforcer le contrôle et l’application stricte des lois relatives à la délivrance de la carte de presse et à l’octroi des autorisations pour les médias en ligne.
Statuer rapidement sur les plaintes déposées auprès des autorités compétentes et du système judiciaire contre ceux qui enfreignent les principes fondamentaux du journalisme.
Mettre fin aux fraudes et aux falsifications visant à obtenir illégalement la carte de presse, en éliminant toute forme de médiation ou d’intervention en faveur d’individus non qualifiés, à l’instar des pratiques en vigueur dans d’autres professions comme la médecine, l’ingénierie ou le droit.
Lutter contre la crise du secteur et les dérives des plateformes numériques, en éradiquant les contenus médiocres et trompeurs qui nuisent à la crédibilité du journalisme et menacent les valeurs et la stabilité de la société.
Actualiser le cadre législatif pour qu’il soit en phase avec les défis actuels, garantissant ainsi une presse éthique et responsable qui réponde aux attentes des professionnels et du public marocain.
Contrer les manœuvres destructrices visant à exploiter les médias à des fins lucratives ou de notoriété personnelle, en privilégiant le sensationnalisme et la quête du « buzz » au détriment de l’éthique et de la mission noble du journalisme.
Dans ce contexte, il est impératif que tous les acteurs du secteur unissent leurs efforts pour défendre les principes fondamentaux du journalisme et faire la distinction entre les professionnels de l’information et les influenceurs. La profession doit être renforcée par des entreprises médiatiques solides, des réformes légales adaptées et des mesures réglementaires strictes, garantissant ainsi une pratique journalistique crédible, éthique et de qualité.