L’« Indice de perception de la démocratie » constitue un outil d’analyse des représentations que se font les citoyens, partout dans le monde, du concept de démocratie. Il permet également de comprendre que la démocratie n’est pas un modèle unique et universel. C’est pourquoi cet indice, publié chaque année, varie selon les pays, reflétant des perceptions distinctes d’une société à une autre. Cette année, l’indice révèle que, pour une large part de la population marocaine, la démocratie est perçue comme un luxe politique.
Le rapport ne contient aucune critique directe à l’égard du Maroc, mais il ouvre la voie à une lecture lucide des représentations marocaines. Une majorité des personnes interrogées dans le pays considèrent que le but principal de la démocratie est d’améliorer les conditions de vie et le bien-être.
En ce qui concerne la confiance des citoyens dans la possibilité d’une alternance au pouvoir, le Maroc a obtenu une note élevée dans la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord), atteignant 3,12 sur 5, ce qui traduit une conscience croissante de l’importance d’un changement politique pacifique. Ce score contribue d’ailleurs à améliorer la moyenne régionale.
Sur le plan de l’évaluation de la performance des gouvernements, l’indice souligne que la moyenne mondiale reste en deçà des attentes, s’établissant à 2,77 sur 5. Cette évaluation porte sur 18 domaines essentiels, notamment l’éducation, le coût de la vie, la sécurité, les infrastructures et la protection de l’environnement.
Le Maroc figure ainsi parmi les pays qui doivent renforcer leur performance institutionnelle afin d’améliorer la qualité des services publics et répondre aux attentes de leurs citoyens — en particulier ceux qui ne sont pas membres de l’OCDE.
Le constat est donc clair : le retard dans la perception positive de la démocratie est étroitement lié à la performance gouvernementale. En effet, la compréhension de la démocratie est conditionnée par le niveau socio-économique, ce qui renvoie à l’idée selon laquelle les droits économiques et sociaux constituent la base des droits humains dans leur ensemble.
Il devient alors difficile de parler de libertés individuelles dans un pays où les citoyens manquent d’emploi, de logement ou d’accès aux soins. Dans des pays comme les États-Unis ou ceux d’Europe, où les droits économiques et sociaux sont largement établis, les attentes des citoyens sont naturellement différentes de celles d’un habitant du Sud global, confronté à des services publics défaillants.
C’est dans cette optique que l’on peut affirmer que la perception de la démocratie chez les Marocains est étrangère à une démocratie de luxe. Pour beaucoup, les appels à plus de libertés individuelles ne sont pas prioritaires : ce qui importe, c’est que la démocratie contribue concrètement à l’amélioration des conditions de vie.
Ce décalage, s’il n’est pas pris en compte, pourrait avoir des conséquences négatives. Le citoyen marocain associe les élections à l’espoir d’un changement social tangible. Si ces attentes sont déçues, les élections elles-mêmes risquent d’être perçues comme un luxe superflu, perdant ainsi leur légitimité. On pourrait même assister à une préférence croissante pour un gouvernement technocratique non élu, jugé plus efficace.